Pourquoi les Chinois et Viêts ont-ils tous le même nom ?

Ou, plus exactement, pourquoi avez-vous toujours envie de demander à une connaissance : « J’ai un pote qui s’appelle Zhang, c’est un de tes cousins ? » Ca marche aussi avec Li, Liu, Wang, Wu, Chen, Nguyen, Truong, Tran, Le, Pham,…

Ca tient à deux raisons, que je vais tenter de vous expliquer.

Nom de famille ou nom de clan ?

La première raison va vous faire remonter très loin dans le temps, à l’époque des premiers rois chinois, ceux-ci donnèrent à leurs sujets leur propre nom. Ces noms, comme dans la plupart des pays, étaient basés sur des toponymes Du-pont/Du-mont. Wu vient ainsi du royaume de Wu, semble-t-il. C’était une manière de les marquer comme leur propriété. Il est probable qu’au départ ce nom n’était donné qu’aux employés de la Maison noble, et que leurs parents ou voisins aient décidé de se rebaptiser pour faire plaisir au suzerain et marquer leur attachement à un même peuple. C’est donc un nom de famille (le xìng) qui est devenu un nom de clan, une sorte de super-nom que les Viêts appellent ho, puisque eux ont conservé à la fois ce nom de clan et un nom de famille plus propre, le ten dem (nom intercalaire), qui lui peut parfois évoquer le métier des ancêtres (comme nos Lefèvre/Smith dont les ancêtres étaient forgerons). Les Chinois, eux, n’ont pas conservé ce nom de famille plus propre, ils n’ont donc qu’un nom (de clan) et un prénom.

À l’époque, la Chine et le Viêtnam étaient composés de nombreux royaumes (souvent plus grands que la France) qui se faisaient la guerre. C’est finalement le clan de Qin qui parvint à unir la plus grosse partie et qui donna le mot Chine. Personnage controversé, l’empereur Qin ne laissa pas son nom de famille à la postérité et le nom Qin est extrêmement rare.

Côté viêtnamien, la plupart des ho proviennent de noms chinois, le royaume de Dai Viêt (le nord Viêtnam, à peu près) ayant longtemps été sous domination impériale chinoise. La coutume de prendre le nom de la famille dirigeante y est passée et Nguyen est le nom de l’un des plus célèbres souverains.

Une assimilation culturelle

Un deuxième élément permet d’expliquer que ces noms soient peu nombreux : la colonisation de la Chine par l’ethnie Han. Ce peuple n’était que l’une des nombreuses ethnies de la Chine antique, mais il mit au point des techniques agricoles si perfectionnées qu’il pu nourrir un grand nombre d’enfants qui, a leur tour, ont fait des enfants… et bientôt, cette ethnie est devenue majoritaire dans l’Empire. Une meilleure hygiène (manger avec des baguettes plutôt qu’avec les doigts, ne boire que de l’eau bouillie,…), plus de nourriture et le développement de la médecine chinoise donnèrent encore plus d’avantages à ce peuple qui devint le fer de lance démographique de l’Empire. Les Hans s’installaient ensuite dans les villes des territoires limitrophes, y propageaient la culture chinoise (la culture han, en fait), puis l’Empire annexait le territoire ainsi sinisé. Le même scénario se répéta un grand nombre de fois, y compris au Viêtnam. Les presque soixante peuples ainsi unis dans l’Empire, pour s’intégrer et accéder aux même statut social, adoptèrent l’écriture chinoise, les sciences (acupuncture, cuisine-santé, calendrier, etc) et les noms de famille les plus répandus. Il est plus facile de s’intégrer avec un nom moins « bizarre ». En contrepartie, l’Empire fut modelé par chacun des peuples qu’il assimila.

Le nombre de noms de famille différents diminua donc petit à petit, et ce phénomène est toujours en court ! Sur la centaine de milliers de noms de famille originels, il n’en existe plus aujourd’hui que 3050 environ. Or, 100 seulement sont vraiment courants parmi l’ethnie han. L’expression « les vieux cent noms » 老百姓 [lăo bai xìng] signifie désormais « les gens » en chinois standard. Il y a donc 92,8 millions de Wang (un nom qui vient du mot « roi »), 92 millions de Li (tous ne pratiquent pas le Kung-Fu), 87,5 millions de Zhang (certains ont meilleur caractère que ma belle-mère), etc.

Pour simplifier tout ça, notez que ni les viêtnamiennes ni les chinoises ne changent de nom en se mariant. Elles gardent leur nom de jeune fille, même si la tendance de l’administration est d’accoler les deux noms sur les papiers officiels.

Pour l’anecdote, au treizième siècle, lorsque Gengis Khan voulu expliquer sa stratégie de conquête de la Chine, il aurait déclaré : « Je vais tuer tous ceux qui s’appellent Wang, Li, Zhang et Liu. Le reste ne présentera pas de difficulté. » Il l’a presque fait mais, au final, ce sont des Mongols qui ont commencé a adopter des noms hans.

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